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12 juillet 2018 : Tribune de Genève

Apprendre à gérer ses sous commence dès l'âge de 6 ans

En Suisse alémanique, plus de 90% des parents font de l’apprentissage à l’argent un objectif fort de l’éducation. Et l’argent de poche est considéré comme une expérience indispensable.

En Suisse romande, on y est un peu moins sensible. Seuls 62% des parents en font quelque chose d’important dans l’éducation. Ce que les parents souhaitent transmettre à leurs enfants ? Trois choses: que l’argent ne tombe pas du ciel, qu’il ne faut pas vivre au-dessus de ses moyens, mais surtout qu’il n’y a pas que l’argent dans la vie.

Chez les personnes modestes, l’éducation financière est jugée comme primordiale, au contraire des familles aisées qui misent davantage sur la réussite et la culture générale. Enfin, les parents de droite sont plus attachés à l’apprentissage de l’argent que ceux de gauche!

Un apprentissage progressif

A 6 ans, les parents estiment que les petits peuvent comprendre à quoi sert l’argent. A 7 ans, ils sont jugés aptes à faire leurs premiers achats. A 8 ans, de disposer à leur guise de leur argent de poche. Deux ans plus tard, les parents leur laissent même disposer comme ils l’entendent de l’argent reçu à Noël ou aux anniversaires. Quant à la carte de crédit, elle n’est autorisée qu’à partir de 16 ans.

Ni un salaire ni une récompense

En matière d’argent de poche, les parents – et surtout les pères – se réfèrent beaucoup à leur propre expérience personnelle. Les mères sont davantage sensibles aux conseils éducatifs. La situation financière des familles joue un rôle. Mais à revenus équivalents, les parents d’origine étrangère sont les plus généreux.

L’argent de poche est-il un dû ou une récompense? Un dû, répondent deux tiers des parents, qui ne le lient pas à une quelconque prestation. L’argent de poche est vu comme un moyen de s’entraîner à gérer son argent, et non pas comme une monnaie d’échange. Pour la majorité des parents, les tâches domestiques n’ont d’ailleurs pas à être rémunérées. Ils rechignent également à récompenser financièrement les bons résultats scolaires. Tout comme les punitions passent très rarement par le porte-monnaie. Les montants sont jugés beaucoup trop faibles pour que leur suppression puisse avoir un véritable effet.

Les premières dettes

Et que faire si l’argent de poche ne suffit pas? Un problème qui se pose lorsque les enfants grandissent. Seule la moitié des parents refuse d’allouer une rallonge. Les 30% ouvrent leurs porte-monnaie en fixant des conditions, comme une tâche supplémentaire à effectuer. 13% accordent un crédit, et ancrent ainsi très tôt chez leurs enfants le principe de l’endettement. Quant aux 8% restants, ils délient leur bourse sans sourciller.

Un apprentissage indispensable

Depuis 7 ans, Pro Juventute fait de l’initiation à l’utilisation de l’argent un des points forts de son engagement éducatif, avec des soirées d’information pour les parents, ou encore de la documentation. L’institution estime que c’est un moyen de lutter contre l’endettement des jeunes. « L’argent de poche est un formidable outil qui permet aux enfants de faire leurs premiers pas dans la gestion de leur argent. Ils réalisent que tous les souhaits ne peuvent pas être immédiatement concrétisés, relève Kathia Wiesendanger, sa directrice. En inculquant à leurs enfants des compétences financières, les parents jouent un vrai rôle de modèle et les influencent. Mais l’école a elle aussi son importance: c’est là que les enfants peuvent comparer avec d’autres enfants la façon dont ils gèrent leur argent. »

Extraits d'un article de Judith Mayencourt pour la Tribune de Genève.