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7 décembre 2018 : L'Illustré

Salaire ou argent de poche pour vos enfants ?

L’argent de poche ? Il n’existera peut-être bientôt plus. Cacr le salaire des enfants a fait son apparition. Qui les oblige à une certaine responsabilité personnelle.

« Maman, j'ai besoin d’argent ! » On entend souvent cela dans les familles dès le milieu du mois, quand l’argent de poche s’est évaporé. Comment les parents doivent-ils réagir ? Ignorer ? Ou répondre résolument non à une telle affirmation tout en sachant que leur enfant tapera ses copains ou comptera sur la générosité de ses grands-parents ? Il n’est pas rare que les parents soient disposés à céder à cette exigence de rallonge financière. Mais ce choix du gain de paix peut mener à une funeste spirale d’endettement car, dès lors, les enfants n’apprennent pas à gérer leurs petits sous.

Le salaire jeunesse, une idée suisse

Il vaut la peine d’apprendre précocement à gérer son argent. Le salaire jeunesse est un outil efficace pour ce faire. Certes, il ne garantit pas que les jeunes apprennent à se comporter de manière responsable avec leur argent et évitent de tomber dans le piège des dettes. Mais la probabilité qu’ils se débrouillent avec leur pécule est plus élevée. Le modèle du salaire jeunesse a été développé en 1977 déjà par le psychologue et thérapeute de la famille Urs Abt. Afin de diffuser ses idées, l’association Jugendlohn (www.salairejeunesse.ch) a été créée en 2014. Le principe est aussi simple que séduisant: à partir de 12 ans environ, les enfants reçoivent un montant mensuel qui comprend l’argent de poche, grâce auquel ils subviennent de façon autonome à une partie de leurs dépenses.

Fixer avec précision ce que le salaire contient

La réflexion est la suivante: la plupart des enfants touchent de l’argent de poche hebdomadaire ou mensuel, en fonction de leur âge. Pour tous leurs autres achats, ils dépendent de la bonne volonté des parents. Avec le salaire jeunesse, en revanche, ils disposent à leur guise d’un budget mensuel de 150 francs ou plus, avec lequel ils gèrent eux-mêmes les achats de vêtements, le coiffeur, les loisirs, le téléphone, etc., sans devoir implorer leurs parents. Mais auparavant, il s’agit de déterminer clairement ce qui doit être financé. A cette fin, les parents doivent d’abord consigner pendant trois mois ce qu’ils dépensent pour leur enfant et pour quoi. Pour fixer le niveau du salaire jeunesse, il s’agit de noter les coûts annuels des domaines pour lesquels les parents entendent conférer à leur enfant des compétences financières propres. L’argent de poche est additionné à ce montant et la somme divisée par treize. Cela permet aux parents de distribuer un «13e salaire» en novembre, que les jeunes peuvent utiliser pour exaucer un souhait particulier ou dépenser pour des cadeaux de Noël.

Afin que l’arrangement convenu puisse être rediscuté en tout temps, il faut le mettre par écrit. Si l’argent ne suffit quand même pas pour tout le mois, il n’y a pas de budget supplémentaire, sauf si des dépenses inattendues mais prouvables surviennent. Il peut être utile que l’enfant tienne sa propre comptabilité de ses revenus et dépenses. A noter que le salaire jeunesse n’est pas une simple extension de l’argent de poche, mais il l’inclut puisqu’il lui est nettement supérieur. Grâce à lui, les jeunes apprennent à gérer l’argent de manière responsable. Ils doivent se débrouiller avec un budget limité pour financer non seulement leurs loisirs mais aussi des besoins basiques. Ils acquièrent ainsi un rapport plus réaliste à l’argent et l’on constate régulièrement, en guise d’effet annexe, qu’ils se montrent plus respectueux de ce qu’ils possèdent.

Extraits d'un article de Gabriele Herfort pour l'Illustré