Argent - Sources d'inspiration -

4 février 2016 :

« L'argent trompeur »

par Yvan Mudry, aux éditions Saint Augustin, 2014

Les dangers de l'argent ne font l'objet d'aucune mise en garde publique, comme si personne ne pouvait concevoir ni entendre un tel message, et que la richesse était taboue.

L'auteur fait le constat que « la théorie économique standard propose une analyse lacunaire de l'argent, en oubliant que celui-ci se trouve toujours quelque part, en fin de compte, entre les mains de personnes ayant des besoins et des désirs, vivantes en un mot ». S'en suit une analyse richement documentée du statut de l'argent dans la tradition humaniste et religieuse et dans les cultures qui nous ont précédé.

 

La richesse retarde le moment de vérité. Mais il vient un jour, amer, où il faut en convenir : l'avoir ne suffit pas. Alors, empêchant de réaliser ce qui tient le plus à cœur, il rend triste.

 

Aujourd'hui, malgré la crise, l'argent ne fait guère l'objet de débats, car il est encore et toujours considéré comme foncièrement bon et utile. [...] L'avoir, le capital ont forcément bonne presse dans une culture qui accorde une importance centrale à la production, au commerce et à la consommation de biens et de services. Ils fournissent parfois des buts à la vie. Ils rassurent aussi, ne serait-ce que parce que, dans des sociétés vieillissantes, ils permettent d'envisager plus sereinement l'avenir. (page 115)

 

La crise est une chance. En ternissant l'argent, en jetant le soupçon sur son culte, elle ouvre les yeux et légitime d'audacieuses remises en cause. Elle fait comprendre qu'il ne suffit pas de « moraliser le capitalisme », comme le prétendent ceux qui veulent que rien ne change vraiment. Elle rend crédibles des propos inaudibles jusqu'ici et, par contraste, dessine les contours d'une autre manière de vivre. Oui, sortis de leur hébétude, femmes et hommes peuvent faire aujourd'hui l'expérience d'un autre mode d'être, prometteur de plus de sérénité et de joie. Ils peuvent découvrir toute la profondeur et toutes les harmoniques de la culture de la vie.

L'adepte de cette culture ne désire pas l'argent ni la richesse pour eux-mêmes. Quand il en possède, il s'en méfie, sachant qu'il risque bien d'abuser du pouvoir qu'ils lui confèrent ou, même, d'en devenir l’esclave. Conscient qu'ils les a reçus, il ne se considère pas comme leur propriétaire et s'en sert comme d'un instrument qui est d'abord au service de tous. Pour lui, la relation passe au premier plan, et l’échange marchand au second. (page 134)

 

Conclusion:

La monnaie pourrait être une vraie bénédiction. Elle permettrait à chacun non seulement de satisfaire ses besoins, mais encore de se libérer de liens non souhaités et de réaliser ses désirs. Elle donnerait des ailes, elle faciliterait tous les types d'échanges et d'entreprises. Grâce à elle, les collectivités deviendraient plus prospères que jamais. Elle pacifierait la vie sociale, les transactions pécuniaires permettant de solder les comptes entre personnes sans recourir à la violence.

Mais encore faudrait-il que l'argent ne se retrouve pas entre de vraies mains humaines ! Car, dans ce cas, que se passerait-il ? Utilisé par des êtres qui ont tant besoin de se rassurer, de s'affirmer, d'être reconnus et de commander, il aurait alors souvent une influence néfaste. (page 144)

L
L'argent trompeur (Yvan Mudry)